F. Bruttin

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Switzerland

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L'art n'a rien de tout cuit

Mise en place de projet : installer du matériel de peinture à côté ainsi qu’à l’intérieur d’un petit four pour donner à l’installation une allure de préparation de plat de cuisine, qui va être mise à cuire incessamment.

Volonté du projet : Cette œuvre conceptuelle du collectif "Ah ouais ! Ah ouais !", fidèle aux travaux antérieurs du collectif, engage à  réfléchir autour du concept de la place du spectateur dans l’art. En outre, elle s’intéresse au cheminement du processus créatif chez les artistes.

L’installation a des allures de cuisine. En offrant des pots de peintures ainsi qu’un four dont le seul destin est de cuire ce que le cuisinier aura préparé, le collectif invite le spectateur à se muer en "cuisinier-artiste". Ceci forme le premier axe de réflexion autour de l’œuvre. Le spectateur, à sa guise, sera invité à mélanger la peinture selon ses goûts et ainsi préparer une œuvre à sa convenance. Une fois sa préparation terminée, l’œuvre en devenir sera à cuire dans le four. Cette approche invite au questionnement introspectif du spectateur déjà initié dans les précédents travaux du collectif : « qu’est-ce qu’une œuvre artistique ? »,« quels sont les moyens nécessaires à la réalisation d'une oeuvre ? »  « quel est mon rôle en tant que spectateur ? », etc.

Plus subtilement, c’est la réflexion autour du rôle crucial du four qui fait la force de cette oeuvre. Le four joue le rôle de l’appareil cognitif du "cuisinier-peintre" lors du passage du monde de la vision mental à la réalisation de l’œuvre dans le monde réel.
On peut supposer que dans tout processus créatif, l’artiste à une vision préalable encore vague de ce que sera l’œuvre une fois réalisée. C’est cette étape préparatoire qui a lieu dans le mental de l’artiste qui intéresse le collectif dans l’œuvre « L’art n’a rien de tout cuit ». La phase de création à proprement parler avec des moyens tangibles (tels que la peinture ou tout autre support que l’artiste aura choisi) , peut être métaphoriquement sublimée dans cette œuvre par la phase où le cuisinier prépare son plat et choisi son temps de cuisson ainsi que la température du four selon ses envies dictées par l’image qu’il se fera du plat une fois cuit. Le four représente alors l’interface entre le monde imagé par le peintre et la réalité du plat cuit, l’œuvre, telle qu’elle apparaîtrait au public.
 

Ainsi la véritable force de l’œuvre est qu’elle invite le spectateur à s’immiscer dans l’étape avant même la réalisation d’une œuvre par un artiste. Elle ne le relaie pas au simple rôle du « goûteur » d'une œuvre « toute cuite » mais lui propose de suivre le chemin réflexif qui mène l'artiste à son œuvre.