F. Bruttin

16, ch. des Trois-Nants

CH-1288 Aire-la-Ville

Switzerland

+41 78 765 15 11

Histoire de clinamen épicurien et de physique quantique


 Le philosophe matérialiste grec Lucrèce dans le "De natura rerum" attribue à Epicure le concept de clinamen pour expliquer l’existence des corps et de la liberté humaine. Dans la physique épicurienne, ce dernier postule l’idée d’atomes chutant verticalement dans le vide. Pour des raisons qui restent inconnues, certains atomes, sous l’effet d’une dérivation de trajectoire (le clinamen), finissent par entrechoquer d’autres atomes donnant naissance à toutes choses. Plusieurs parallèles ont étés tirés entre le caractère spacialement et temporellement aléatoire de la dérivation du clinamen et le processus d’indétermination en physique quantique. Le collectif Ah ouais ! Ah ouais !, très inspiré par la philosophie matérialiste et la physique quantique, a envie de rendre hommage à l’intuition d’Epicure. Il propose une œuvre qu’il intitule sobrement « le clinamen ».

Réalisation du projet:

Il s’agit d’une œuvre où des cubes d’arrêtes fuchsia et vides au milieu (pouvant représenter les atomes épicuriens) sont reproduits les uns à cotés des autres, donnant au spectateur l’impression qu’il regarde une sorte de damier incliné. En haut à gauche de l’œuvre, on trouve une face d’un des cubes qui n’est pas vide mais est remplie par un miroir taillé, ce qui représentera le clinamen dans ce projet.

Explications:

Le miroir est une métaphore de la source de toute chose. Il réfléchit la propre image de la face qui le compose à l’infini, donnant ainsi naissance à tous les autres cubes. C’est donc par sa différence que cette face est finalement semblable aux autres. Sans cette face miroir, aucune autre face n’existe. Ainsi, à travers cette œuvre, le collectif propose une lecture de l’atome épicurien avec ses indéterminations et potentialités variables comme étant tant de caractères intrinsèques à celui-ci. L’optique matérialiste est poussée à l’extrême puisqu'une seule source permet de reconstruire un tout.

Parallèlement, le collectif propose une seconde grille de lecture pour interpréter l’oeuvre. Outre l’idée du clinamen comme étant la source de toute chose, la face miroir peut très bien représenter le spectateur au milieu de ses congénères. Elle attire l’attention sur le coté solipsiste de son existence. C’est sa subjectivité qui est interrogée dans son rapport à autrui. Le collectif cherche à proposer des questions telles que : « Qui suis-je ? », « Qu’est-ce qui me différencie d’autrui ? », « L’image que j’ai d’autrui n’est-elle pas issue de ma propre interprétation ? ».